Une vague de chaleur à 3 000 mètres d'altitude

Une vague de chaleur à 3 000 mètres d'altitude

Erschienen am: 02/07/2026

Alors que la Suisse subit une vague de chaleur, le glacier du Gorner perd chaque jour près de 10 cm de glace. Mylène Jacquemart, glaciologue et membre de la Science Alliance, s'est rendue sur place. Voici son reportage.

Auteur: Mylène Jacquemart

Zurich, le 24 juin. Sous une chaleur étouffante de 35 °C, je monte dans le train en direction de Berne. Heureusement, la climatisation fonctionne parfaitement – merci, chers CFF! Quelques heures plus tard, à Herbriggen, dans la vallée de Zermatt, il ne fait guère plus frais, même si le soleil a déjà disparu derrière les hautes parois rocheuses. Après une semaine où chaque jour semble battre un nouveau record de température, je me réjouis de passer une semaine en altitude. Pourtant, même à Herbriggen, la nuit reste chaude et le sommeil est peu réparateur. Ce n'est qu'en descendant du train du Gornergrat à Rotenboden que la température redevient enfin supportable. En route pour le glacier du Gorner! Nous suivons l'ancienne moraine marquant l'extension maximale du glacier vers 1850, avant de descendre par une pente raide jusqu'à la glace. Sous un soleil de plomb, nous nous mettons rapidement à transpirer, ici aussi.

En bas, sur le glacier, un vent agréablement frais souffle en permanence. Le glacier – ou plus précisément la cabane du Mont Rose, située non loin de là – sera notre chez-nous pour les prochains jours. Nous installons des câbles dans un forage afin de mesurer la température de la glace et sa déformation. Chaque jour, nous descendons d'environ 500 mètres de dénivelé depuis la cabane pour nous occuper de nos instruments. Le glacier semble littéralement gémir sous l'effet des températures élevées. Chaque jour, davantage de glace s'effondre en bordure du glacier dans les torrents impétueux, tandis que les eaux de fonte creusent des chenaux toujours plus profonds dans la glace. Là où coulait encore un ruisseau la veille, un moulin glaciaire rugissant s'ouvre le lendemain, engloutissant d'immenses quantités d'eau dans les profondeurs. Autour de nos instruments aussi, tout fond à vue d'œil. Après trois jours, nous devons déplacer la tente abritant les instruments de mesure, car elle se retrouve de plus en plus surélevée par rapport à la surface du glacier qui s'abaisse. Nos jalons de mesure montrent que près de 10 centimètres de glace disparaissent chaque jour. En regardant vers l'amont, le constat n'est guère plus réjouissant: la glace sombre a remplacé la neige blanche. Les chutes de pierres provenant des parois du Liskamm assombrissent les flancs du glacier. Ce n'est que le 30 juin que les températures baissent enfin de quelques degrés. Un violent orage apporte même un léger saupoudrage de neige sur les plus hauts sommets. Ce n'est pas encore un véritable répit pour ces géants de glace et de roche durement éprouvés, mais le paysage retrouve au moins un peu de son éclat.